Transcription intégrale de l’épisode (elle dévoile toutes les surprises)
Expérience interactive
Dix secondes
Sans regarder d’horloge : appuyez pour démarrer, comptez dix secondes dans votre tête, puis appuyez pour arrêter.
Le lecteur estime dix secondes sans horloge ; on lui dit ensuite combien de temps il a réellement compté.
Votre horloge intérieure n’est pas un métronome.
Elle accélère avec l’excitation et la fièvre, ralentit avec l’ennui. Dans les années 1930, le physiologiste Hudson Hoagland remarque que sa femme, fiévreuse, trouve qu’il a mis un temps fou à revenir de la pharmacie. Il lui fait compter une minute : plus la fièvre monte, plus sa minute est courte.
Le temps élastique
Votre horloge intérieure triche, et celle de l’univers aussi.
Expérience interactive
L’horloge arrêtée
Fixez la croix. Quand l’horloge apparaîtra sur le côté, posez-y vivement les yeux, et observez sa première seconde.
Une trotteuse apparaît sur le côté de l’écran. En y portant brusquement le regard, beaucoup ont l’impression que la première seconde dure plus longtemps que les suivantes : c’est la chronostase.
La première seconde dure plus longtemps.
C’est la chronostase. Pendant le saut de vos yeux, vous ne voyez rien ; pour combler ce trou, votre cerveau antidate l’image de l’horloge au début du saut. La première seconde vous paraît donc plus longue que les autres.
Dans un accident, on dit que « tout se passe au ralenti ». Le neuroscientifique David Eagleman a voulu savoir si c’était vrai. Il a fait tomber des volontaires de trente et un mètres, en chute libre, dans un filet.
À leur poignet, un écran faisait défiler des chiffres trop vite pour être lus. Si le temps ralentissait vraiment dans la peur, ils auraient pu les lire. Personne n’y est arrivé. Mais tous estimaient après coup que leur chute avait duré un tiers de plus que celle des autres.
La peur ne ralentit pas le temps. Elle remplit la mémoire.
Plus un moment laisse de souvenirs, plus il paraît long après coup.
C’est pour cela que des vacances pleines de nouveautés passent vite… mais paraissent longues quand on s’en souvient. Et, selon une hypothèse répandue, que les années semblent accélérer avec l’âge : moins de premières fois, moins de souvenirs, moins de temps ressenti.
Pour allonger votre vie, du moins dans votre mémoire, multipliez les premières fois.
Le 16 juillet 1962, un géologue niçois de 23 ans, Michel Siffre, descend dans le gouffre de Scarasson, dans les Alpes, pour y vivre sans montre ni lumière du jour. À chaque réveil, à chaque repas, il téléphone à la surface.
Quand son équipe vient le chercher, le 14 septembre, il pense qu’on est le 20 août. Il a « perdu » vingt-cinq jours.
Question au lecteur
Deux jumeaux ont 30 ans. L’un part vers une étoile lointaine, à 99,5 % de la vitesse de la lumière, puis revient. Pour lui, le voyage a duré dix ans. Quel âge a son frère, resté sur Terre ?
- 40 ans, comme lui
- 50 ans
- Environ 130 ans (bonne réponse)
Si vous répondez « 40 ans, comme lui » :
Environ 130 ans. Son frère n’est sans doute plus là pour l’accueillir.
Si vous répondez « Environ 130 ans » :
Oui : environ 130 ans. Son frère n’est sans doute plus là pour l’accueillir.
Expérience interactive
Le voyageur et le sédentaire
Réglez la vitesse du voyage : plus elle approche celle de la lumière, plus le temps du voyageur ralentit par rapport à celui de la Terre.
Un calculateur compare le temps écoulé pour un voyageur et pour la Terre selon la vitesse du voyage : à 99,5 % de la vitesse de la lumière, dix ans de voyage correspondent à un siècle sur Terre.
Ce n’est pas de la science-fiction. Les horloges des satellites GPS avancent chaque jour de 38 microsecondes par rapport aux nôtres : leur vitesse les ralentit un peu, la gravité plus faible, là-haut, les accélère davantage.
Sans correction, votre GPS se tromperait de plus de dix kilomètres par jour. Einstein est dans votre poche.
Le temps n’est pas le même pour tout le monde.
Il dépend de votre vitesse et de la gravité autour de vous. Votre tête, un peu plus loin du centre de la Terre que vos pieds, vieillit un tout petit peu plus vite qu’eux.
Expérience interactive
Le calendrier cosmique
Comprimons les 13,8 milliards d’années de l’univers en une seule année. Le Big Bang a lieu le 1er janvier à minuit ; aujourd’hui, c’est le 31 décembre à minuit. Faites défiler l’année.
Sur une année qui résumerait toute l’histoire de l’univers, le Soleil naît début septembre, la vie apparaît fin septembre, les dinosaures disparaissent le 30 décembre, les premiers humains modernes arrivent le 31 décembre vers 23 h 48, et l’écriture douze secondes avant minuit.
Toute l’histoire humaine tient dans les dernières secondes de l’année.
L’écriture est apparue il y a douze secondes. Une vie humaine entière dure à peine deux dixièmes de seconde.
Dilatation du temps. Le temps s’écoule plus lentement pour une horloge rapide, ou plongée dans une forte gravité, que pour une horloge immobile loin de toute masse. L’effet est infime à notre échelle, mais mesurable, et indispensable au GPS.
Treize milliards d’années pour arriver jusqu’à vous. Il est temps de prendre du recul. Beaucoup de recul : six milliards de kilomètres.
Sources
- Hudson Hoagland, « The physiological control of judgments of duration », Journal of General Psychology, 1933.
- Kielan Yarrow et al., « Illusory perceptions of space and time preserve cross-saccadic perceptual continuity », Nature, 2001.
- Chess Stetson, Matthew Fiesta et David Eagleman, « Does time really slow down during a frightening event? », PLoS ONE, 2007.
- Claudia Hammond, Time Warped, 2012.
- Michel Siffre, Hors du temps, 1963.
- Neil Ashby, « Relativity in the Global Positioning System », Living Reviews in Relativity, 2003 ; James Chin-Wen Chou et al., « Optical clocks and relativity », Science, 2010.
- Carl Sagan, Les Dragons de l’Éden, 1977 (le calendrier cosmique).