À écouter

La note qui manque

Une mélodie que personne n’a jamais entendue : elle vient d’être composée pour vous. Elle s’arrête avant la dernière note. Écoutez les quatre fins possibles, puis choisissez la bonne.

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Transcription intégrale de l’épisode (elle dévoile toutes les surprises)

À écouter

La note qui manque

Une mélodie que personne n’a jamais entendue : elle vient d’être composée pour vous. Elle s’arrête avant la dernière note. Écoutez les quatre fins possibles, puis choisissez la bonne.

Le lecteur écoute une mélodie inédite qui s’interrompt avant sa dernière note, puis compare quatre fins possibles. Presque tout le monde choisit la même : la note « de base » de la gamme, qui donne une impression de repos.

Vous connaissiez la réponse.

Personne ne vous a appris les règles de cette musique. Vous les avez absorbées en écoutant, des milliers d’heures, depuis le ventre de votre mère.

Le frisson

Votre cerveau prédit la musique note après note. Le frisson naît quand il a raison… ou tort.

Votre cerveau passe sa vie à prédire la suite : le mot suivant, la marche suivante, la note suivante.

En musique, ce jeu de devinettes devient un plaisir. Chaque note confirme votre attente… ou la déjoue.

À écouter

Une seule note de différence

La même mélodie, jouée deux fois. Écoutez les deux versions. Laquelle est triste ?

Une mélodie est jouée deux fois : en majeur, puis en mineur. Seule la troisième note de la gamme change, baissée d’un demi-ton. La plupart des auditeurs occidentaux trouvent la version mineure triste.

Une seule note a changé : la tierce, baissée d’un demi-ton. Et l’humeur bascule. Mais est-ce inscrit dans nos gènes, ou appris ?

En 2009, des chercheurs font écouter de la musique occidentale aux Mafa, dans les monts Mandara, au Cameroun, qui n’en avaient jamais entendu. Ils reconnaissent la joie, la tristesse et la peur bien mieux qu’au hasard.

Mais le lien précis entre mineur et tristesse semble appris : en 2022, chez les Uruwa de Papouasie-Nouvelle-Guinée, peu exposés à nos musiques, il est presque inexistant.

À écouter

Deux accords

Écoutez-les. Puis dites lequel vous trouvez le plus agréable. Il n’y a pas de piège… du moins, pas pour vous.

Le lecteur compare un accord consonant (do, mi, sol) et un accord dissonant (do, do dièse, fa dièse), puis dit lequel il préfère.

Pour les Tsimane’, les deux se valent.

En 2016, des chercheurs du MIT font écouter des accords à ce peuple d’Amazonie bolivienne, presque coupé de la musique occidentale. Consonants ou dissonants, ils les trouvent aussi agréables. Pythagore croyait avoir découvert une loi de l’univers ; c’était, en partie, une habitude.

Et le frisson ? Ce moment où la peau se hérisse, où quelque chose monte le long de la nuque ?

Question au lecteur

Avez-vous déjà eu la chair de poule en écoutant de la musique ?

  • Souvent
  • Parfois
  • Jamais

Si vous répondez « Souvent » :

Voici ce qui se passe, à ce moment-là, dans votre cerveau.

Si vous répondez « Jamais » :

Vous n’êtes pas seul : 3 à 5 % des gens n’éprouvent presque aucun plaisir à écouter de la musique. Cette « anhédonie musicale » n’a été décrite qu’en 2014 ; ces personnes réagissent pourtant normalement aux autres plaisirs, comme l’argent.

En 2011, à Montréal, Valorie Salimpoor observe le cerveau de mélomanes pendant leurs passages préférés. Au moment du frisson, le cerveau libère de la dopamine : la molécule du désir, celle de la nourriture, du sexe… ou de certaines drogues.

Plus étonnant : une première décharge survient quelques secondes avant le passage. Quand le cerveau le sent venir.

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Faire attendre

Une phrase musicale monte vers sa conclusion. Choisissez comment elle finit : comme prévu, ou par surprise. Et faites durer l’attente autant que vous l’osez.

Une suite d’accords s’arrête sur un accord de tension. Le lecteur choisit de la résoudre de façon attendue (retour à l’accord de départ) ou par une « cadence rompue », qui glisse vers un accord mineur inattendu.

Tension, attente, résolution : c’est la mécanique de presque toute la musique occidentale. Le compositeur vous fait attendre, puis vous récompense, ou vous prend à contre-pied. Quand la surprise tombe au bon moment, le frisson arrive.

« Sans la musique, la vie serait une erreur. »

Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, 1888

Dans les maisons de retraite, des soignants remarquent une chose étrange. Des personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer avancée, qui ne reconnaissent plus leurs enfants, chantent encore par cœur les chansons de leurs vingt ans.

Les régions du cerveau qui gardent la mémoire musicale sont parmi les dernières touchées. Une chanson peut rendre une personne à elle-même, le temps de quelques couplets.

Question au lecteur

Quelle chanson de vos quinze ans vous fait encore quelque chose ?

Notée dans votre dossier. La musique entendue entre dix et trente ans s’imprime plus profondément que toute autre : les chercheurs parlent de « bosse de réminiscence ».

Question au lecteur

1993 : selon un article de la revue Nature, écouter Mozart rendrait plus intelligent. Un gouverneur américain propose même d’offrir un disque de musique classique à chaque nouveau-né. Vrai ?

  • Vrai
  • Faux (bonne réponse)

Si vous répondez « Vrai » :

Hélas, non.

Si vous répondez « Faux » :

Bien vu.

L’effet Mozart n’existe pas.

Le gain mesuré était faible, bref (un quart d’heure) et limité à une tâche spatiale. Il vient de l’éveil et de la bonne humeur, pas de Mozart : chez des enfants, le groupe de pop Blur fait aussi bien.

Attente, tension, résolution : la musique populaire du XXe siècle va pousser ces règles jusqu’à l’os. Au point qu’il suffit de quatre accords pour écrire des centaines de tubes.

Sources

  • David Huron, Sweet Anticipation: Music and the Psychology of Expectation, 2006.
  • Thomas Fritz et al., « Universal recognition of three basic emotions in music », Current Biology, 2009.
  • Eline Smit et al., « Emotional responses in Papua New Guinea show negligible evidence for a universal effect of major versus minor music », PLoS ONE, 2022.
  • Josh McDermott et al., « Indifference to dissonance in native Amazonians reveals cultural variation in music perception », Nature, 2016.
  • Valorie Salimpoor et al., « Anatomically distinct dopamine release during anticipation and experience of peak emotion to music », Nature Neuroscience, 2011.
  • Ernest Mas-Herrero et al., « Dissociation between musical and monetary reward responses in specific musical anhedonia », Current Biology, 2014.
  • Jörn-Henrik Jacobsen et al., « Why musical memory can be preserved in advanced Alzheimer’s disease », Brain, 2015.
  • Frances Rauscher, Gordon Shaw et Katherine Ky, « Music and spatial task performance », Nature, 1993 ; Glenn Schellenberg et Susan Hallam, « Music listening and cognitive abilities in 10- and 11-year-olds: the Blur effect », 2005.