IV. Face à l’infini · Épisode 4

Le point bleu pâle

Expérience

Une photographie

Prise par une sonde spatiale, au bord du système solaire. Quelque part sur cette image se trouve la Terre. Trouvez-la.

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Transcription intégrale de l’épisode (elle dévoile toutes les surprises)

Expérience interactive

Une photographie

Prise par une sonde spatiale, au bord du système solaire. Quelque part sur cette image se trouve la Terre. Trouvez-la.

Une photographie noire traversée de rayons de lumière diffusée. Dans l’un d’eux, un minuscule point bleuté, à peine un pixel : la Terre, vue par Voyager 1 à six milliards de kilomètres.

C’est ici. C’est nous.

Voyager 1 a pris cette photo le 14 février 1990, à six milliards de kilomètres. La Terre y occupe moins d’un pixel. Chaque être humain qui a jamais vécu se trouve dans ce grain de lumière.

Le point bleu pâle

De six milliards de kilomètres, toute l’histoire humaine tient dans un pixel.

Carl Sagan avait dû batailler pour obtenir cette photo : tourner les caméras vers le Soleil risquait de les abîmer, et l’image n’avait aucun intérêt scientifique. Elle est devenue l’une des plus célèbres de l’histoire.

« Regardez encore ce point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. »

Carl Sagan, Pale Blue Dot, 1994

Expérience interactive

Les tailles de l’univers

De l’atome aux galaxies, parcourez les tailles de l’univers, un facteur dix à la fois.

Un curseur fait défiler les échelles, de l’atome (un dix-milliardième de mètre) à l’univers observable (près de 10²⁷ mètres), en passant par une cellule, un humain, la Terre, le Soleil, la distance de Voyager 1 et la Voie lactée.

Photographie spatiale : sur fond noir, des milliers de taches lumineuses, blanches et orangées, certaines étirées en arcs.

Ce coin de ciel est minuscule : grand comme un grain de sable tenu à bout de bras.

Le télescope James-Webb y a photographié des milliers de galaxies. Chacune compte des milliards d’étoiles.

NASA, ESA, CSA et STScI · Domaine public

Le fer de votre sang, le calcium de vos os, l’oxygène que vous respirez ont été fabriqués au cœur d’étoiles mortes avant la naissance du Soleil. Leurs explosions les ont dispersés dans l’espace, où ils ont fini par former la Terre… et vous.

L’hydrogène de votre corps, lui, date des toutes premières minutes de l’univers. Vous avez 13,8 milliards d’années.

7 milliards de milliards de milliards d’atomes dans votre corps, environ

Presque tous ont déjà servi ailleurs : dans d’autres étoiles, d’autres roches, d’autres êtres vivants.

L’univers ne fait pas que briller : il vibre. Le 14 septembre 2015, deux détecteurs géants, aux États-Unis, captent pour la première fois une onde gravitationnelle, une vibration de l’espace lui-même.

Elle a été émise par deux trous noirs qui ont fusionné il y a 1,3 milliard d’années. En passant, elle a allongé puis raccourci les bras de quatre kilomètres des détecteurs d’environ un millième de la taille d’un proton.

À écouter

Le chant des trous noirs

Converti en son, le signal donne un bref glissando montant : un « gazouillis ». Écoutez-le.

Une reconstitution sonore de l’onde gravitationnelle GW150914 : une note grave qui monte de plus en plus vite pendant quelques dixièmes de seconde, puis s’éteint d’un coup, quand les deux trous noirs fusionnent.

Disque doré couvert de schémas gravés : une pulsation, des cercles, une carte de pulsars.

En 1977, les deux sondes Voyager emportent vers les étoiles un disque plaqué or : des salutations en 55 langues, des bruits de la Terre (le vent, la pluie, un baiser, des chants de baleines) et une heure et demie de musique, de Bach à Chuck Berry.

NASA/JPL · Domaine public
Photographie : sur une scène, Chuck Berry, guitare en main et costume blanc, à côté de Carl Sagan qui tend le bras vers le public.

L’année suivante, une émission comique américaine imagine la première réponse des extraterrestres : « Envoyez-nous plus de Chuck Berry. »

En août 1989, quand Voyager 2 survole Neptune, Chuck Berry vient jouer à la NASA. À côté de lui, Carl Sagan.

NASA/JPL · Domaine public

Pendant la préparation du disque, sa directrice artistique, Ann Druyan, et Carl Sagan tombent amoureux. Pour le disque, Ann Druyan fait enregistrer une heure de son activité cérébrale et de ses battements de cœur, pendant qu’elle pense à la Terre, à l’histoire humaine… et à ce que c’est que de tomber amoureux.

Entre les étoiles voyage l’enregistrement d’un cœur amoureux.

Voyager 1 a quitté la bulle du Soleil en 2012. Le disque devrait lui survivre des centaines de millions d’années.

24 décembre 1968. Pour la première fois, des êtres humains tournent autour de la Lune. Les trois astronautes d’Apollo 8 photographient ses cratères, pour préparer les futurs alunissages.

La Terre n’est pas au programme.

Reconstitution en images de synthèse : le vaisseau Apollo 8 tourne autour de la Lune ; par le hublot, la Terre surgit au-dessus de l'horizon lunaire, pendant qu'on entend les voix de l'équipage.
Film : Le 24 décembre 1968, à bord d’Apollo 8 : les vraies voix de l’équipage, enregistrées à bord, sur une reconstitution de la NASA (2013). NASA Goddard Space Flight Center (Ernie Wright) · Domaine public

Dialogue (traduit de l’anglais)

Anders : Oh mon Dieu ! Regardez ça, là-bas !

Anders : Voilà la Terre qui se lève. Qu’elle est belle !

Borman : Eh, ne prends pas ça, ce n’est pas au programme.

Anders : Tu as une pellicule couleur, Jim ?

Anders : Passe-moi une pellicule couleur, vite !

Lovell : Oh là là, c’est magnifique ! Où ça ?

Anders : Vite. Dépêche-toi.

Lovell : Là, en bas ?

Anders : Donne-moi une couleur. Une pour l’extérieur. Grouille.

Anders : Tu en as une ?

Lovell : Oui, je cherche… C 368.

Anders : N’importe laquelle. Vite.

Lovell : Tiens.

Anders : Bon… Je crois qu’on l’a ratée.

Lovell : Eh, je l’ai, là, dans le hublot de l’écoutille !

Anders : Laisse-moi la prendre par celui-ci, il est bien plus net.

Lovell : Bill, je l’ai cadrée, c’est très net, ici !

Lovell : Tu l’as ? — Anders : Oui.

Lovell : Prends-en plusieurs ! Prends-en plusieurs !

Lovell : Tiens, donne-la-moi.

Anders : Attends, laisse-moi faire le réglage. Du calme.

Anders : Du calme, Lovell !

Lovell : Bon, je l’ai… Ah, quelle belle photo.

Photographie : la Terre, bleue et blanche, à moitié éclairée, se lève au-dessus de l'horizon gris de la Lune, sur le noir de l'espace.

La photo de William Anders. Elle devient l’une des images les plus reproduites de l’histoire. Seize mois plus tard, vingt millions d’Américains descendent dans la rue pour le premier « Jour de la Terre ».

NASA/William Anders · Domaine public

« Nous sommes venus jusqu’ici pour explorer la Lune, et le plus important, c’est que nous avons découvert la Terre. »

William Anders, astronaute d’Apollo 8, auteur de la photo

Beaucoup d’astronautes décrivent le même bouleversement en voyant la Terre de loin : l’absence de frontières, la minceur de l’atmosphère, un sentiment d’appartenance vertigineux. En 1987, l’écrivain Frank White l’a appelé l'« effet de surplomb ».

Du point bleu pâle aux trous noirs, notre regard porte à des milliards d’années-lumière. Il reste pourtant un lieu qu’aucun instrument n’a jamais observé directement. Il est à quelques centimètres derrière vos yeux. C’est de là que vous lisez ces mots.

Sources

  • NASA / JPL-Caltech, Pale Blue Dot, 1990 (version retravaillée, 2020).
  • Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space, 1994.
  • Philip et Phylis Morrison, Charles et Ray Eames, Powers of Ten, 1977.
  • LIGO Scientific Collaboration et Virgo, « Observation of gravitational waves from a binary black hole merger », Physical Review Letters, 2016.
  • Carl Sagan et al., Murmurs of Earth: The Voyager Interstellar Record, 1978.
  • NASA, transcription de la mission Apollo 8, 1968 ; Frank White, The Overview Effect, 1987.