Expérience

Des fraises

De quelle couleur sont ces fraises ? Répondez, puis vérifiez à la pipette.

Cette expérience s’affiche lorsque JavaScript est activé.

Transcription intégrale de l’épisode (elle dévoile toutes les surprises)

Expérience interactive

Des fraises

De quelle couleur sont ces fraises ? Répondez, puis vérifiez à la pipette.

Une photo de fraises baignée d’une lumière bleutée : les fraises paraissent rouges, mais aucun pixel de l’image n’est rouge. Une pipette permet de lire la vraie couleur de chaque point : du gris.

Il n’y a pas un seul pixel rouge dans cette image.

Votre cerveau a compensé l’éclairage bleuté, et il vous a rendu le rouge qu’il attendait.

Le rouge n’existe pas

Les couleurs ne sont pas dans le monde : votre cerveau les fabrique, et les peintres le savent.

La lumière n’a pas de couleur. Elle a des longueurs d’onde.

Au fond de vos yeux, trois sortes de cônes réagissent surtout aux ondes courtes, moyennes et longues. Votre cerveau compare leurs trois signaux et fabrique, à partir d’eux, des couleurs. Il tient compte de l’éclairage, du voisinage, de ce qu’il sait des objets.

Le magenta n’existe dans aucun arc-en-ciel : aucune longueur d’onde ne lui correspond. C’est la couleur que votre cerveau invente quand il reçoit à la fois du rouge et du bleu, sans le vert qui les sépare.

Expérience interactive

Des couleurs qui ne sont pas là

Deux expériences. La première demande vingt secondes d’immobilité.

Le lecteur fixe pendant vingt secondes un drapeau jaune, noir et cyan, puis une surface blanche : il y voit apparaître un drapeau bleu, blanc, rouge. Deux carrés gris identiques paraissent ensuite de teintes différentes selon le fond sur lequel ils sont posés.

Février 2015 : la photo d’une robe fait le tour du monde. Bleue et noire, ou blanche et dorée ?

La robe était bleue et noire. Mais une grosse minorité la voyait blanche et or, selon l’éclairage que son cerveau supposait. Les lève-tôt, habitués à la lumière du jour, penchaient plutôt pour le blanc et or.

Et les mots ? Dans l'Iliade et l'Odyssée, Homère ne décrit jamais la mer comme bleue : elle est « couleur de vin ».

En 1858, le futur Premier ministre britannique William Gladstone compte les couleurs chez Homère. Le noir revient environ 170 fois, le blanc une centaine, le rouge treize, le jaune et le vert moins de dix fois. Le bleu : jamais.

Les Grecs voyaient le bleu, évidemment. Mais chaque langue découpe l’arc-en-ciel à sa manière.

Le russe a deux mots pour le bleu : goluboï, le clair, et siniï, le foncé. Mesuré en 2007 : les russophones distinguent un peu plus vite deux bleus qui portent des noms différents.

Expérience interactive

L’intrus

Dans chaque grille, un carré est d’une teinte légèrement différente. Trouvez-le, le plus vite possible.

Des grilles de carrés verts puis bleus : dans chacune, un carré diffère très légèrement. Le lecteur le cherche, chronométré.

Vous avez peut-être vu circuler une image : un peuple de Namibie, les Himba, serait incapable de distinguer le bleu du vert. C’est une exagération née d’un documentaire. Les Himba voient très bien la différence ; leur langue range simplement les couleurs autrement.

Expérience interactive

Le sourire qui s’enfuit

Regardez les yeux de la Joconde : elle sourit. Regardez sa bouche : le sourire s’efface. Comparez ce que voit le centre de votre regard et ce que voit sa périphérie.

Le visage de la Joconde est montré net, puis flou, comme le voit la vision périphérique : dans la version floue, le sourire est bien plus marqué.

En 2000, la neurobiologiste Margaret Livingstone l’explique : le sourire de la Joconde est fait d’ombres floues, que la vision périphérique perçoit mieux que la vision centrale. Quand vous regardez la bouche, vous le perdez. Léonard l’a peint dans ce flou que les Italiens appellent sfumato.

Claude Monet a peint le même pont japonais toute sa vie. Au début des années 1920, une cataracte voile ses yeux : ses couleurs virent au brun et au rouge, et les bleus lui échappent.

Tableau : un pont japonais vert enjambe un bassin couvert de nymphéas, dans une lumière claire et fraîche.

En 1899 Claude Monet · CC0

Tableau : le même pont, presque méconnaissable, noyé dans des touches épaisses de rouge, d'orange et de brun.

Vers 1920-1924 Claude Monet · Domaine public

En 1923, il se fait opérer d’un œil. Selon une hypothèse séduisante mais discutée, privé de son cristallin, il aurait perçu un peu d’ultraviolet : de là viendraient les bleus violacés de ses dernières toiles.

Le 12 novembre 1918, au lendemain de l’armistice, Monet, presque aveugle, écrit à son ami Georges Clemenceau : il veut offrir à l’État deux toiles, pour célébrer la paix.

Le cadeau devient un cycle : huit immenses panneaux de nymphéas, installés à l’Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort. On y entre encore aujourd’hui comme dans un lieu de silence.

Tableau : la surface bleue d'un bassin, parsemée de nymphéas roses et blancs, où se reflète le ciel.
Claude Monet · Domaine public

Expérience interactive

Le plus beau rectangle

Cinq rectangles. Lequel trouvez-vous le plus harmonieux ?

Cinq rectangles de proportions différentes sont proposés ; l’un d’eux suit le nombre d’or (1,618). Le lecteur choisit celui qu’il préfère.

Le nombre d’or n’a rien de magique.

On le dit plus beau que tout autre rapport. Les expériences ne trouvent pas de préférence nette : les goûts varient, et changent d’un jour à l’autre. Quant au Parthénon ou à la Joconde « construits sur le nombre d’or », il suffit de tracer les rectangles là où ça arrange.

Sources

  • Akiyoshi Kitaoka, illusions de constance des couleurs ; Bevil Conway, travaux sur la vision des couleurs.
  • Rosa Lafer-Sousa, Katherine Hermann et Bevil Conway, « Striking individual differences in color perception uncovered by ‘the dress’ photograph », Current Biology, 2015 ; Pascal Wallisch, Journal of Vision, 2017.
  • William Gladstone, Studies on Homer and the Homeric Age, 1858.
  • Jonathan Winawer et al., « Russian blues reveal effects of language on color discrimination », PNAS, 2007.
  • Debi Roberson et al., « Color categories: evidence for the cultural relativity hypothesis », Cognitive Psychology, 2005.
  • Margaret Livingstone, « Is it warm? Is it real? Or just low spatial frequency? », Science, 2000.
  • Michael Marmor, « Ophthalmology and art: simulation of Monet’s cataracts and Degas’ retinal disease », Archives of Ophthalmology, 2006.
  • George Markowsky, « Misconceptions about the golden ratio », College Mathematics Journal, 1992.